We The Net !
We the Net est un espace de réflexion sur les enjeux démocratiques liés à la protection de la liberté de communication sur Internet. Il s'inscrit dans le cadre d'un travail de thèse réalisé à l'EHESS. Le but est de comprendre en quoi la liberté de communication permise par Internet peut permettre d’améliorer le fonctionnement des démocraties libérales, et la manière dont le droit doit être réformé pour approfondir cette tendance.
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Us Now: Vers la démocratie coopérative ?
Il faut voir ce documentaire de 2008.
Us Now from Banyak Films.
Remarques en vrac :
Coopération, confiance et risque
Des organisations coopératives se fondent sur la confiance entre participants, l’échange, et une place donnée à l’économie du don, plutôt qu’aux mécanismes de marché.
La confiance aboutit également à la moralisation des rapports sociaux, même dans le cas de d’entreprises purement commerciales mais mobilisant ces processus participatifs. Car la participation des individus est motivée par une logique de don à l’autre, ce qui ne peut se faire que dans un cadre où la confiance – et donc la transparence – est assuré (exemple de la Banque peer-to-peer Zopa qui explique clairement “comment” elle gagne de l’argent).
Lorsqu’une personne donnée se sent impliquée dans un processus – où du moins sait qu’elle a la possibilité de l’être - son sentiment de satisfaction vis-à-vis du processus augmente. La multiplicité des personnes inclues dans la conduite du processus fait que l’échec n’accable pas une personne car la responsabilité de son fait est partagée. Le risque est ainsi réparti, et donc augmente les capacités d’un processus car le risque d’échec est réduit au niveau individuel (financement de groupes de musique, prêts bancaires à bas taux d’intérêt par la multiplication des prêteurs).
Coopération et innovation politique
La participation un processus social donné (prise de décision, échange et interaction sociale) et la valeur de la contribution individuelle dépendent de la qualité et la sincérité de l’expertise/connaissance de l’individu en question Ainsi les corps traditionnels sont contournés mais on ne se retrouve pas dans une sorte de démocratie radicale – plutôt une démocratie des experts par le bas, caractérisée en fait par la démocratisation de la désignation de ceux qui ont autorité.
Les conservateurs britanniques sont beaucoup plus en avance que les travaillistes concernant les question liées l’impact d’internet sur les processus politiques (et la mobilisation de ces outils, et les comportements qu’ils entraînent de la part de ces hommes et femmes politiques vis-à-vis des citoyens expliquent sans doute en partie leur incontestable succès dans l’opinion publique). Cette innovation politique vient probablement du fait qu’ils sont un parti d’opposition. Aux États-Unis, le mouvement démocrate (la gauche américaine), dans sa composante “société civile”, a également considérablement innové au cours des mandats de George W. Bush (nouveaux médias participatifs, etc).
Historiquement, il n’est pas tout à fait faux de penser que la démocratie représentative a été conçue sur l’idée que les gens étaient potentiellement révolutionnaires, mais surtout bêtes (XIXè siècle). Si on se défait de ce préjugé, si on se rend compte à quel point il ne peut pas être vrai, alors on comprend que les institutions démocratiques telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui, les assemblées locales, nationales, régionales, prennent nombre de décisions pour lesquelles elles sont bien moins légitimes que des groupes de citoyens auto-organisés (par exemple pour la gestion d’un budget local). Faute de s’adapter et de se dessaisir elle-même d’un certain nombre de sujets afin d’organiser des plate-formes de fabrique coopérative de la décision publique, les institutions démocratiques traditionnelles pourraient être de plus en plus évitées par les citoyens qui prendront en charge eux-mêmes la responsabilité de formuler un certain nombre de choix politiques, et pour lesquels ils se donneront les moyens (financement par la contribution volontaire, non par l’impôt). Du moins peut-on l’imaginer dans une société caractérisée par la défiance envers le politique…
Tocqueville et la démocratie coopérative
Dans De La Démocratie en Amérique, Tocqueville propose également une réflexion intéressante sur la manière dont les institutions coopératives peuvent susciter un rapport affectif au politique, un sentiment d’appartenance à de la communauté politique qui manque souvent cruellement dans les démocraties traditionnelles. Il oppose le local au général. On pourrait le lire en y superposant l’opposition coopératif/représentatif, où on entend par coopératif des groupes de citoyens auto-organisés, s’unissant autour de leurs intérêts et questionnements propres, aux degrés d’engagements divers, fondés sur l’échange (définition à préciser…). De tels espaces de débat fleurissent sur Internet, même s’il est encore difficile de déterminer la manière dont de telles “assemblées” peuvent aboutir à une prise de décision publique.